Les sinus maxillaires sont deux cavités creusées dans l’os de la mâchoire supérieure, de part et d’autre du nez. Tapissés d’une muqueuse, ils participent au drainage du mucus et à l’humidification de l’air inspiré. En cas de sinusite, ils se remplissent de mucus ou de pus : l’orifice de drainage se bouche, la pression monte, et l’inconfort devient rapidement pénible.
Une sinusite maxillaire est le plus souvent virale, parfois bactérienne, plus rarement liée à une allergie ou à des polypes. Mais une part significative des cas — longtemps sous-estimée — trouve son origine dans une dent. Cette forme se traite différemment : elle ne guérit pas tant que la dent en cause n’est pas prise en charge.
Pourquoi une dent peut infecter un sinus
Les prémolaires et molaires du maxillaire supérieur sont appelées dents antrales : leurs racines pointent vers le plancher du sinus, dont elles ne sont séparées que par une lame osseuse fine — quelques millimètres, parfois moins d’un, et chez certaines personnes rien du tout, la racine faisant saillie directement dans la cavité sinusienne.
Quand une infection se développe à l’extrémité d’une de ces racines, cette barrière cède facilement. Les bactéries et les médiateurs de l’inflammation gagnent la muqueuse sinusienne, qui s’épaissit et cesse d’assurer son drainage. La sinusite s’installe — et elle restera alimentée par le foyer dentaire tant que celui-ci persistera.
Comment la reconnaître
Les symptômes recoupent largement ceux d’une sinusite banale, ce qui explique les diagnostics tardifs. Trois caractéristiques font pourtant la différence.
| Sinusite virale ou allergique | Sinusite d’origine dentaire | |
|---|---|---|
| Côté atteint | Souvent les deux | Presque toujours un seul |
| Contexte | Rhume, épisode allergique, saison | Antécédent dentaire du côté atteint |
| Odeur | Absente | Odeur et goût fétides fréquents (cacosmie) |
| Écoulement | Clair puis épais, bilatéral | Épais, jaune ou vert, d’un seul côté |
| Évolution | Guérison en 7 à 10 jours | Traîne, récidive après chaque antibiothérapie |
| Douleur dentaire | Absente | Fréquente : une ou plusieurs dents du haut, sensibles à la mastication |
Les autres symptômes sont communs aux deux formes :
- Une douleur ou pesanteur au niveau de la joue, accentuée en penchant la tête en avant et parfois à la mastication.
- Une congestion nasale, ici typiquement d’un seul côté, avec gêne respiratoire.
- Une mauvaise haleine persistante.
- Une fièvre modérée et une fatigue.
Les causes dentaires en jeu
Les infections des dents du haut
Carie profonde, pulpite, nécrose, abcès apical, kyste ou granulome à l’extrémité de la racine : tout foyer situé au contact du plancher sinusien peut être en cause. Les infections parodontales avancées — atteinte de l’os et de la gencive autour de la dent — peuvent également progresser jusqu’au sinus.
Les suites d’une extraction
L’extraction d’une molaire supérieure peut laisser un passage entre la bouche et le sinus : c’est la communication bucco-sinusienne. Les bactéries de la cavité buccale y pénètrent librement. Les signes sont assez caractéristiques : liquide qui remonte par le nez en buvant, air qui passe, voix modifiée, impossibilité de gonfler les joues.
Les gestes dentaires et implantaires
- Un traitement canalaire incomplet, qui laisse un canal non assaini, ou un dépassement de matériau d’obturation dans le sinus.
- Un implant mal positionné dans le maxillaire supérieur, pénétrant dans la cavité sinusienne, ou une greffe osseuse sinusienne (sinus lift) qui s’infecte.
- Une perforation accidentelle du plancher sinusien au cours d’un geste.
- Plus rarement, un corps étranger projeté dans le sinus — fragment de racine, pointe d’obturation.
Le diagnostic
L’examen recherche la dent responsable : tests de vitalité pulpaire, percussion, sondage parodontal, recherche d’une communication. L’imagerie tranche.
| Examen | Ce qu’il apporte |
|---|---|
| Radiographie panoramique | Première orientation ; insuffisante pour conclure |
| Cliché rétro-alvéolaire | Détail d’une dent suspecte et de son extrémité radiculaire |
| Cone beam (CBCT) | Examen de référence : rapport racine / plancher sinusien en 3D, épaississement de la muqueuse, origine de l’atteinte |
| Scanner des sinus | Demandé par l’ORL sur les formes étendues ou chroniques |
Le traitement
Traiter la cause dentaire
- Reprise du traitement canalaire quand la dent est conservable : désinfection et obturation correcte de l’ensemble des canaux. C’est souvent la première option.
- Chirurgie apicale dans certains cas, pour assainir directement l’extrémité de la racine.
- Extraction de la dent causale lorsqu’elle n’est pas conservable, suivie si nécessaire de la fermeture de la communication.
- Traitement parodontal quand l’origine est une atteinte de l’os de soutien.
- Dépose ou reprise d’un implant en cause, retrait d’un corps étranger intra-sinusien.
Traiter le sinus
L’antibiothérapie est prescrite en fonction du tableau, associée aux lavages de nez au sérum physiologique et, selon les cas, à un corticoïde nasal. Les formes chroniques ou les sinus contenant du matériel étranger relèvent d’un avis ORL, avec parfois un geste chirurgical endoscopique. Dentiste et ORL travaillent alors de concert : traiter l’un sans l’autre expose à la récidive.
Soulager en attendant
Ces mesures améliorent le confort et le drainage. Elles ne remplacent pas la consultation.
- Les lavages de nez au sérum physiologique ou à l’eau de mer, plusieurs fois par jour : c’est la mesure la plus utile et la plus sûre.
- Boire régulièrement pour fluidifier les sécrétions et favoriser leur élimination.
- Dormir la tête surélevée, buste légèrement relevé par un oreiller supplémentaire : la position à plat favorise l’obstruction et les douleurs nocturnes.
- Humidifier l’air de la chambre, prendre une douche chaude : la vapeur fluidifie le mucus.
- Le paracétamol pour la douleur. Prudence avec les anti-inflammatoires en contexte infectieux : demandez l’avis du pharmacien.
- Les boissons chaudes — tisane de thym, infusion de gingembre au miel — et les plats relevés apportent un soulagement passager et bienvenu, sans effet sur l’infection.
Ce guide a une vocation informative. Une sinusite unilatérale qui dure au-delà de dix jours, qui s’accompagne d’une mauvaise odeur ou qui revient régulièrement mérite un examen dentaire, même si les dents ne font pas mal : c’est fréquemment de ce côté que se trouve la réponse.