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Guide ORL et dentaire

Sinusite maxillaire d’origine dentaire

Une sinusite qui ne touche qu’un seul côté, qui sent mauvais et qui revient après chaque traitement a souvent une cause dentaire. Tant que cette cause n’est pas traitée, la sinusite récidive.

Mis à jour : 14 août 2026 10 min de lecture

Femme les yeux fermés pressant des deux mains la zone des sinus de part et d’autre du nez

Les sinus maxillaires sont deux cavités creusées dans l’os de la mâchoire supérieure, de part et d’autre du nez. Tapissés d’une muqueuse, ils participent au drainage du mucus et à l’humidification de l’air inspiré. En cas de sinusite, ils se remplissent de mucus ou de pus : l’orifice de drainage se bouche, la pression monte, et l’inconfort devient rapidement pénible.

Une sinusite maxillaire est le plus souvent virale, parfois bactérienne, plus rarement liée à une allergie ou à des polypes. Mais une part significative des cas — longtemps sous-estimée — trouve son origine dans une dent. Cette forme se traite différemment : elle ne guérit pas tant que la dent en cause n’est pas prise en charge.

Pourquoi une dent peut infecter un sinus

Les prémolaires et molaires du maxillaire supérieur sont appelées dents antrales : leurs racines pointent vers le plancher du sinus, dont elles ne sont séparées que par une lame osseuse fine — quelques millimètres, parfois moins d’un, et chez certaines personnes rien du tout, la racine faisant saillie directement dans la cavité sinusienne.

Quand une infection se développe à l’extrémité d’une de ces racines, cette barrière cède facilement. Les bactéries et les médiateurs de l’inflammation gagnent la muqueuse sinusienne, qui s’épaissit et cesse d’assurer son drainage. La sinusite s’installe — et elle restera alimentée par le foyer dentaire tant que celui-ci persistera.

Comment la reconnaître

Les symptômes recoupent largement ceux d’une sinusite banale, ce qui explique les diagnostics tardifs. Trois caractéristiques font pourtant la différence.

Unilatéralité, mauvaise odeur et récidive après traitement : cette triade doit conduire à faire examiner les dents, même en l’absence de douleur dentaire.
Sinusite virale ou allergique Sinusite d’origine dentaire
Côté atteint Souvent les deux Presque toujours un seul
Contexte Rhume, épisode allergique, saison Antécédent dentaire du côté atteint
Odeur Absente Odeur et goût fétides fréquents (cacosmie)
Écoulement Clair puis épais, bilatéral Épais, jaune ou vert, d’un seul côté
Évolution Guérison en 7 à 10 jours Traîne, récidive après chaque antibiothérapie
Douleur dentaire Absente Fréquente : une ou plusieurs dents du haut, sensibles à la mastication
Unilatéralité, mauvaise odeur et récidive après traitement : cette triade doit conduire à faire examiner les dents, même en l’absence de douleur dentaire.

Les autres symptômes sont communs aux deux formes :

  • Une douleur ou pesanteur au niveau de la joue, accentuée en penchant la tête en avant et parfois à la mastication.
  • Une congestion nasale, ici typiquement d’un seul côté, avec gêne respiratoire.
  • Une mauvaise haleine persistante.
  • Une fièvre modérée et une fatigue.

Les causes dentaires en jeu

Les infections des dents du haut

Carie profonde, pulpite, nécrose, abcès apical, kyste ou granulome à l’extrémité de la racine : tout foyer situé au contact du plancher sinusien peut être en cause. Les infections parodontales avancées — atteinte de l’os et de la gencive autour de la dent — peuvent également progresser jusqu’au sinus.

Les suites d’une extraction

L’extraction d’une molaire supérieure peut laisser un passage entre la bouche et le sinus : c’est la communication bucco-sinusienne. Les bactéries de la cavité buccale y pénètrent librement. Les signes sont assez caractéristiques : liquide qui remonte par le nez en buvant, air qui passe, voix modifiée, impossibilité de gonfler les joues.

Les gestes dentaires et implantaires

  • Un traitement canalaire incomplet, qui laisse un canal non assaini, ou un dépassement de matériau d’obturation dans le sinus.
  • Un implant mal positionné dans le maxillaire supérieur, pénétrant dans la cavité sinusienne, ou une greffe osseuse sinusienne (sinus lift) qui s’infecte.
  • Une perforation accidentelle du plancher sinusien au cours d’un geste.
  • Plus rarement, un corps étranger projeté dans le sinus — fragment de racine, pointe d’obturation.

Le diagnostic

L’examen recherche la dent responsable : tests de vitalité pulpaire, percussion, sondage parodontal, recherche d’une communication. L’imagerie tranche.

Une sinusite unilatérale qui traîne justifie une imagerie tridimensionnelle : c’est elle qui rattache — ou non — l’atteinte sinusienne à une dent.
Examen Ce qu’il apporte
Radiographie panoramique Première orientation ; insuffisante pour conclure
Cliché rétro-alvéolaire Détail d’une dent suspecte et de son extrémité radiculaire
Cone beam (CBCT) Examen de référence : rapport racine / plancher sinusien en 3D, épaississement de la muqueuse, origine de l’atteinte
Scanner des sinus Demandé par l’ORL sur les formes étendues ou chroniques
Une sinusite unilatérale qui traîne justifie une imagerie tridimensionnelle : c’est elle qui rattache — ou non — l’atteinte sinusienne à une dent.

Le traitement

Traiter la cause dentaire

  • Reprise du traitement canalaire quand la dent est conservable : désinfection et obturation correcte de l’ensemble des canaux. C’est souvent la première option.
  • Chirurgie apicale dans certains cas, pour assainir directement l’extrémité de la racine.
  • Extraction de la dent causale lorsqu’elle n’est pas conservable, suivie si nécessaire de la fermeture de la communication.
  • Traitement parodontal quand l’origine est une atteinte de l’os de soutien.
  • Dépose ou reprise d’un implant en cause, retrait d’un corps étranger intra-sinusien.

Traiter le sinus

L’antibiothérapie est prescrite en fonction du tableau, associée aux lavages de nez au sérum physiologique et, selon les cas, à un corticoïde nasal. Les formes chroniques ou les sinus contenant du matériel étranger relèvent d’un avis ORL, avec parfois un geste chirurgical endoscopique. Dentiste et ORL travaillent alors de concert : traiter l’un sans l’autre expose à la récidive.

Soulager en attendant

Ces mesures améliorent le confort et le drainage. Elles ne remplacent pas la consultation.

  • Les lavages de nez au sérum physiologique ou à l’eau de mer, plusieurs fois par jour : c’est la mesure la plus utile et la plus sûre.
  • Boire régulièrement pour fluidifier les sécrétions et favoriser leur élimination.
  • Dormir la tête surélevée, buste légèrement relevé par un oreiller supplémentaire : la position à plat favorise l’obstruction et les douleurs nocturnes.
  • Humidifier l’air de la chambre, prendre une douche chaude : la vapeur fluidifie le mucus.
  • Le paracétamol pour la douleur. Prudence avec les anti-inflammatoires en contexte infectieux : demandez l’avis du pharmacien.
  • Les boissons chaudes — tisane de thym, infusion de gingembre au miel — et les plats relevés apportent un soulagement passager et bienvenu, sans effet sur l’infection.

Ce guide a une vocation informative. Une sinusite unilatérale qui dure au-delà de dix jours, qui s’accompagne d’une mauvaise odeur ou qui revient régulièrement mérite un examen dentaire, même si les dents ne font pas mal : c’est fréquemment de ce côté que se trouve la réponse.

Questions fréquentes

Comment savoir si ma sinusite est d’origine dentaire ?
Trois éléments orientent fortement : le caractère strictement unilatéral, une odeur ou un goût fétide dans le nez et la bouche, et la résistance aux traitements habituels de la sinusite. S’y ajoute souvent un antécédent dentaire du côté atteint — dévitalisation ancienne, extraction récente, implant, carie profonde d’une prémolaire ou d’une molaire du haut. Seul un examen dentaire complété par une imagerie permet de conclure.
Pourquoi une dent peut-elle infecter un sinus ?
Parce que les racines des prémolaires et molaires supérieures — les dents dites antrales — sont séparées du plancher du sinus par une lame osseuse parfois très fine, voire absente. Une infection à l’extrémité de la racine peut alors franchir cette barrière et gagner la muqueuse sinusienne.
Les antibiotiques suffisent-ils à la guérir ?
Non, et c’est le point essentiel. L’antibiothérapie fait baisser l’infection et soulage, mais la sinusite récidive tant que la cause dentaire n’est pas traitée. C’est ce qui explique les sinusites « à répétition » qui reviennent quelques semaines après chaque cure. Le traitement dentaire — reprise du traitement canalaire, extraction, prise en charge parodontale, fermeture d’une communication — est ce qui règle le problème.
Quel examen d’imagerie faut-il ?
La radiographie panoramique donne une première orientation mais reste insuffisante. Le cone beam (CBCT) est l’examen de référence : il visualise en trois dimensions le rapport entre l’extrémité des racines et le plancher du sinus, l’épaississement de la muqueuse et l’origine exacte de l’atteinte. Un scanner des sinus peut être demandé par l’ORL.
Que se passe-t-il si du liquide passe dans mon nez quand je bois, après une extraction ?
C’est le signe d’une communication bucco-sinusienne : un passage s’est ouvert entre la bouche et le sinus. Il faut recontacter le praticien rapidement. Les petites communications se referment souvent seules avec des consignes strictes — ne pas se moucher, pas de paille, pas d’effort — les plus larges nécessitent une fermeture chirurgicale.
Faut-il consulter un dentiste ou un ORL ?
Les deux, et souvent dans cet ordre. Une sinusite unilatérale traînante justifie un bilan dentaire ; à l’inverse, une sinusite dont la cause dentaire a été traitée sans amélioration relève de l’ORL. Les formes chroniques se prennent en charge conjointement.